Jean-Claude Carrière est né à Colombières-sur-Orb le 17 septembre 1931, dans une famille de viticulteurs. Ancien élève du lycée Lakanal de Paris et de l'École Normale Supérieure de Saint-Cloud, titulaire d'une licence de Lettres et d'une maîtrise d'Histoire, il a rapidement abandonné sa vocation d'historien pour se consacrer au dessin et à l'écriture.

Jean-Claude Carrière publie son premier roman, "Lézard", en 1957 et rencontre Pierre Etaix chez Jacques Tati avec qui il cosigne des films courts et longs métrages. Sa collaboration avec Luis Buñuel dure dix-neuf ans, jusqu'à la mort du grand réalisateur.

Parallèlement, Jean-Claude Carrière poursuit une carrière de dramaturge et d'adaptateur, en particulier avec Jean-Louis Barrault et Peter Brook.

(d'après la biographie de Jean-Claude Carrière sur www.evene.fr)

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la bourre de l'enfance

Quand on connait bien la montagne du Haut Languedoc et, principalement, ses abord méridionaux, les vallées de l'Orb et du Jaur qui constituent la grande fracture marquant la chute sud du Massif Central, on ne peut que savourer, déguster les élans de mémoire de Jean-Claude Carrière lorsqu'il évoque leur récent passé.

Publié en l'An 2000 par les Éditions Plon, "Le vin bourru", recueil de mémoires paysannes (du pays), demeure un best-seller incontesté pour les lecteurs locaux. Leurs souvenirs s'apparentent, globalement, à ceux de Jean-Claude Carrière. Hors les anecdotes personnelles, l'auteur semble avoir écrit pour eux, au nom de toutes celles et de tous ceux qui se souviennent et qui n'ont pas la plume facile. Privilège d'écrivain.

"Au mois de novembre, les viticulteurs tiraient le vin nouveau. Chacun faisait alors un vin particulier. Ils s'invitaient le soir pour le goûter, d'une maison à l'autre, avec les premières châtaignes. Cela s'appelait "le vin bourru". Mal affiné, il conservait la bourre de l'enfance, une mousse un peu rugueuse, un duvet, une matière sous la languequi n'allait pas durer longtemps, quelque chose d'inachevé, de provisoire, comme si le vin

nouveau-né se protégeait, un moment encore, contre les agressions du monde.

" On le disait aussi des bourgeons de la vigne, qui pointaient avec une bourre et la perdaient aux chaleurs du soleil. On dit toujours qu'il faut débourrer les jeunes chevaux, les arracher à leur mère, leur apprendre la vie.

"C'est en souvenir de ce vin bourru, et du jeune garçon qui le goûtait du bout des lèvres, que ce livre est écrit" note Jean-Claude Carrière en préambule de son récit.

Les psychologues et autres psys disent très souvent qu'une personne est, pour sa vie entière, façonnée par les premières années de son existence. Modèles parentaux, lieux, mœurs et coutumes, éducation et enseignement, événements... Tout contribue à façonner l'individu, à le marquer d'une empreinte consciente et subconsciente. En quatrième de couverture de son ouvrage, Jean-Claude Carrière évoque les circonstances à partir desquelles "Le vin bourru" a été écrit :

"Il y a quelques années, en province, des amis m'amenèrent dans un éco-musée, un de ces villages reconstitués qui se voient un peu partout en Europe. Dans ce faux village, à ma surprise, je retrouvais tous les éléments qui avaient composé mon enfance. J'avais à

peine cinquante-cinq ans, mon enfance était au musée et des touristes venaient la visiter.

"À cette occasion, tout en constatant l'incroyable bouleversement que nous devons à la Deuxième Guerre mondiale, je mesurais pour la

 première fois la quantité étonnante de choses que l'on m'avait apprises et qui plus tard ne m'ont servi à rien. Car, né dans une culture, j'ai vécu dans une autre. De là mille questions, sur les ruptures, les accélérations, les oublis, les regrets parfois, les passages, les inquiétudes. Sur ce qui nous fait et nous défait. Sur ce que nous avons perdu, gagné, sur ce qui nous reste..."

Une réflexion qui pourrait certainement être celle de chacun et de chacune d'entre nous. Un retour en arrière que Jean-Claude Carrière a fait. "Le vin bourru" en est sorti. Hommage aux gens d'ici, hommage à l'auteur, nous publions ici quelques extraits - une mise en bouche - d'un livre dont l'ensemble serait à citer. Sa place est dans nos bibliothèques.

JmH.

Jean-Claude Carrière "Le vin bourru", publication année 2000, éditions Plon.

la bonne terre d'un pays difficile à décrire

"Difficile de décrire un pays qu'on connaît dans l'intimité.

Impossible, ou presque, de séparer les images d'autrefois de celles qu'elles sont aujourd'hui. Seule, dominant les incessants bouleversements auxquels s'emploient les hommes, la montagne paraît intacte. Il suffit de lever les yeux et rien n'a changé. Du moins le croit-on. "Pourquoi les pierres taillées s'usent-elles plus vite que celles de la montagne ?" demandait un jour un maçon.

"Une poétesse locale, Marie Gaches, comparait les hameaux de Colombières à des moutons épars gardés par le Caroux, très solide berger.

"Mais comment rassembler le troupeau ? D'aucun endroit on ne peut voir le village tout entier. Il manque toujours un ou deux groupes de maisons, comme dans les jardins zen de Kyoto où l'oeil, à quelque endroit qu'il se place, ne peut jamais saisir toutes les pierres.

"Le manque d'unité saute aux yeux. Au lieu de se regrouper, de se tenir les coudes comme dans tant d'autres villages - comme au Poujol ou à Saint-Martin, qui sont nos voisins - les habitants semblent avoir

voulu se fuir, en tous cas s'éloigner les uns des autres. De là des réputations locales : ceux de Roussas  ne sont pas francs. Il faut se méfier d'eux. Ceux de Colombières-le-Haut sont fiers. Ceux des Seilhols sont sauvages. Et ainsi de suite. Étiquettes qui se transmettent d'une génération à l'autre, même si l'origine nous en est inconnue.

"Colombières défie la description et aussi la photographie. Aucune carte postale n'en donne une idée, même lointaine. Nous pourrions

penser que les hameaux et les maisons ont été jetés au hasard sur le territoire de la commune. Entre La Barrière et La Borie, il y a près d'une heure de marche. Je n'ai pénétré que très rarement, enfant, dans les maisons de mes camarades vivant à Roussas ou aux Seilhols. Chaque hameau se fermait sur lui-même.

"La terre est rare mais bonne, excellente parfois, bien arrosée. S'il est admis que le vin est meilleur à Saint-Martin et à Tarassac, grâce aux coteaux mieux exposés, en revanche les fruits de Colombières sont réputés incomparables, surtout les cerises et les pêches. Des cerises "grosses comme des prunes", noires et craquantes sous la dent, des pêches "comme des melons" et pleines de jus. Et les poires d'automne aussi, qui pendent lourdement le long des murs, parfois jusqu'à terre. Et les prunes d'or du mois de septembre, les reines-claudes fendillées à force d'être mûres, attaquées par les guêpes, qu'il faut cueillir juste avant qu'elles ne tombent et dont le jus emplit la gorge.

"Le pays est vert, accidenté, sillonné de ruisseaux, froid l'hiver à cause du vent du Nord qui descend en sifflant du massif, chaud et même très chaud l'été, mais riche en ombre fraîche, en arbres bien feuillus, en mousse, en herbe à sauterelles. On y trouve de l'eau partout et pourtant c'est bien le Midi. Cela se reconnaît aux cyprès du cimetière, aux oliviers, aux cigales, aux réclames pour le Pernod et à l'accent, même si dans certaines familles on roule les "r", comme plus haut dans les montagnes sombres, là où habitent les gavaches."

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Vigneron indépendant à Saint-Martin de l'Arçon, à quelques kilomètres de Colombières-sur-Orb, Yannick Poras produit des vins rouges, rosé et blac traditionnel (vendanges tardives) d'une qualité étonnante. Ci-dessous, une photo extraite de son diaporama de vendanges avec le plateau du Caroux en toile de fond. Ghislaine, épouse de Yannick, est une cousine de Jean-Claude Carrière.

Jean-Claude Carrière et montagne-haut-languedoc.com sur France-Inter

Le samedi 4 octobre 2008, dans son émission CO2 mon amour sur les ondes de France-Inter (14h05-15h00), Denis Cheissoux a invité les écrivains Pierre Rabhi et Jean-Claude Carrière, à l'occasion de la 21e édition du Festival du Livre de Mouans-Sartoux. Avec Jean-Claude Carrière, il fut question du "Vin bourru" et de son évocation sur notre site Internet.Merci à Jean-Claude Carrière pour cette reconnaissance vis-à-vis d'efforts imparfaits, certes, mais qui ont peut-être le mérite d'être entrepris.

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